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Quand l’art fait nuit blanche…
Pour la quatrième édition de cette gigantesque exposition éclatée dans la ville, Paris invite le 1er octobre 2005, des artistes contemporains internationaux à transfigurer et à redéfinir l’espace urbain. Sous l’impulsion de l’adjoint au maire chargé des affaires culturelles, Christophe Girard et sous la direction artistique de Jean Blaise assisté pour la programmation de Joy Sorman, Virginie Pringuet Laetitia Rouiller, Kitty Hartl ,Luc Donnard et Charles Aubin, Nuit blanche est née d’une ambition politique d’ouvrir la ville et ses habitants à l’art contemporain. La gratuité de l’événement accompagne cette volonté d’une diffusion plus démocratique de la culture. Nuit blanche est d’ailleurs devenue un véritable label, déjà décliné dans plusieurs capitales du monde (2002 Bruxelles, 2003 Rome, 2004 Montréal). Avec un budget global de plus 1,5 millions d’euros, cette quatrième édition propose une programmation riche et éclectique à travers la découverte de cinq parcours sensibles regroupés dans l’est parisien (Central do paris, Nouvelles vagues, Drôles d’endroits, Nuit de fête, Les chemins du paradis) plus un parcours au château de Versailles : « Versailles off » (commissaire d’exposition : Laurent Le Bon ), parcours accompagnés de plus d’une soixantaine d’initiatives autonomes (fondations, associations, musées, centres culturels, galeries et lieux alternatifs ouvrent leurs portes et apportent leur énergie à la manifestation…).
Paris-art fait sa nuit blanche et engage le spectateur à vivre une déambulation performative en trois dimensions quasi cinématographique. En effet, nuit blanche est un street-movie à composer, à scénariser…

Le synopsis que nous vous proposons débute par Drôles d’endroits, empruntant la Coulée Verte, ancienne voie de chemin de fer qui emmène le public à quinze mètres de hauteur côté Bastille et s’engouffre ensuite dans les profondeurs du talus, au cœur du 12ème arrondissement. Dans une succession d’atmosphères étranges et inquiétantes, la promenade plantée et ses tunnels emportent le visiteur dans l’univers baroque des films de Kubrick ou de Lynch.

- Rue de Picpus au niveau du pont (M° Michel Bizot, Porte Dorée)
Philippe Meste, propose avec sa série « Sans titre (missiles) » 2002, « LHRB » 2003 et « WWXX » 2004, une concrétisation, en décor naturel, de nos désirs fantasmés d’échanges parfois violents envers d’autres êtres humains. Il aligne ici des images guerrières, extraites de leur contexte et remontées avec une extrême précision. Ces symboles de guerre : tirs, vols, impacts, tests atomiques, bombardements aériens, deviennent des comètes, des mirages qui balayent le ciel et hypnotisent.

- Allée Vivaldi et rue de Toul (M° Montgallet, Michel Bizot)
Steven Duval
, en collaboration avec Dave Price, Joe Cutler et Noszferatu), s’imprègne du décor pour recomposer des environnements sonores étranges et pour jouer avec la musique inquiétante des films d’horreur populaires. D’un côté, l’allée Vivaldi baigne dans une ambiance musicale d’assemblage de sons urbains, de l’autre, au début de la rue de Toul, une bande sonore réalisée à partir de collages de bandes originales de films est rejouée par un groupe de musiciens.

- Tunnel Picpus, sous le boulevard de Picpus (M° Bel Air)
Edwin van der Heide
est issu du milieu de la musique électronique. Il présente avec « LSP » une performance à la frontière de la musique, de l’art sonore et de l’art médiatique en explorant la spécificité et les limites de chaque médium et les interactions possibles entre les différents éléments visuels et sonores. L’image est produite par un laser projeté sur une mince couche de fumée diffusée dans l’espace. Le son et l’image trouvent ici leur origine dans la même source, au cœur de l’ordinateur.

- Promenade du Viaduc des Arts, entrée : 1 avenue Daumesnil ; sortie : jardin de Reuilly (M° Bastille)
Virginie Barré
utilise dans ses œuvres l’imagerie archétypale des scènes de crimes empruntée aux grands standards de la TV, du cinéma et de la littérature policière. Sur le Viaduc des arts, avec « Les Naufrageurs », le visiteur, décollé de l’asphalte se retrouve suspendu entre fiction et réalité. Dans ce travelling naturel, des personnages, des fragments de décors, des accessoires s’immiscent autour de lui. C’est un rendez-vous avec la mort et sa mise en scène, comme une invitation sur les lieux d’un crime, réveillant les fantasmes de voyeurisme.

Le scénario se poursuit au travers du parcours Nouvelles Vagues (d’une berge à l’autre de la Seine, du Paris historique autour de l’Hôtel de ville, au Paris contemporain, autour de la rue Weiss et de la BNF.) et sa rencontre énigmatique avec les secrets d’une autre nature…

- Les Voûtes, face au 12 rue Neuve ou au 19 rue des Frigos (M° Bibliothèque)
David Monacchi
, plasticien sonore, concentre ses recherches sur la diversité des environnements sonores du monde entier. L’installation qu’il propose aux Voûtes est une retranscription des bruits du paysage de la forêt tropicale humide. Les sons produits par la nature, les animaux, les insectes et les êtres humains sont enregistrés et recomposés par l’artiste pour créer un nouveau paysage électroacoustique.
(Egalement aux Voûtes : une projection de films courts, art vidéo et numérique programmée par Signes de Nuit, Cinematicfilm et House Movies Party).

- Rue du Chevaleret (M° Chevaleret)
Miguel Chevalier
utilise l’outil informatique comme un fabuleux dictionnaire des formes et des couleurs qui fait éclater l’image, la modifie et la régénère. Plantes et fleurs virtuelles poussent en temps réel sur la façade de la galerie Suzanne Tarasiève. La nature est ici à l’age de sa production numérique. Chaque plante a son programme morphogénétique, mais dans sa sophistication, le calcul prévoit de l’aléatoire dans sa croissance. Elle repoussera, elle ou son clone, quelque part sur l’écran en fonction du hasard ménagé dans sa programmation germinative. Car, cette autre nature ou cette sur-nature est le contraire d’une nature morte. Elle est vivante, elle est vivace, elle est même prolifique. Un nouveau paradis artificiel à découvrir absolument…

- Traversée de l’Hôpital de la Pitié Salpetrière, boulevard de l’Hôpital, entrée square Marie Curie, dernière entrée à 6h (M°Gare d’Austerlitz, Saint Marcel)
Vincent Leroy
propose avec « Champ mécanique » une recherche sur l’art du mouvement et sur l’effacement de la forme en étroite relation avec la science et la technique. Le parc Maurice Prost, au cœur de l’Hôpital de la Pitié Salpetrière, se trouve ainsi envahi par un champ d’herbes géantes réalisées en Altuglas, réagissant, ondulant au moindre courant d’air. Le souffle de poésie qu’introduit l’artiste au sein de l’architecture classique de l’hôpital en transforme totalement la perception.

Institut du Monde Arabe, 1 rue des fossés Saint Bernard (M° Cardinal Lemoine)
Nuit d’Orient à l’IMA
: Pour cette nuit exceptionnelle, l’IMA restera ouvert jusqu’à l’aube (cinéma et Médina), le musée de 20h à 2h du matin, la terrasse et les espaces de restauration jusqu’au petit matin.

On continue avec deux ambiances à découvrir à travers le parcours Central do Paris.
Cet itinéraire, des Halles au Marais, traverse les anciens quartiers populaires, réveille le ventre de Paris et transforme le temps d’une nuit le Jardin des Halles en club brésilien.

- Hôtel d’Albert, 31 rue des Francs-Bourgeois (M° Saint-Paul)
Vincent Kohler
investit la façade de l’Hôtel d’Albert avec des lianes de ronces noires géantes en silicone. Cette végétation foudroyante puise son inspiration dans une illustration du poète anglais William Blake.

- Jardin des Halles - Porte du Pont Neuf (M° Châtelet les Halles).
Musiciens brésiliens/David Bartex, Association Masala, Favela Choc.

David Bartex, scénographe, transforme le Jardin des Halles en grand club brésilien. Au milieu d’une végétation luxuriante, dans une atmosphère de serre tropicale et de théâtre baroque, le public découvre les différents styles et les nouveaux courants musicaux de ce pays. La sélection met l’accent sur le funk et le hip-hop des favelas et la musique électronique. La nuit est ponctuée par les interludes d’incroyables danseuses brésiliennes, au son des percussions dirigées par Jefferson de Oliveira.

Pour terminer votre nuit et connaître le dénouement du film, partons sur Les chemins du Paradis. Le parcours s’écarte de la traditionnelle promenade montmartroise. En résonance avec les architectures existantes, des ambiances sonores, des illustrations, des installations lumineuses plongent le spectateur dans un univers cinématographique empreint de mysticisme et de sacré…

- Petite ceinture, de la porte de Montmartre à la porte de Clignancourt. Début du coin de la rue Belliard et de la rue du poteau (M° Porte de Saint-Ouen, Porte de Clignancourt)
Thierry Poireaud
est réalisateur de publicité et de cinéma. La petite ceinture devient sous sa direction le théâtre des scènes finales d’Œdipe. Dans une ambiance mystérieuse de forêt pétrifiée et de sorcellerie, le spectateur est un enquêteur à la recherche d’Œdipe. Cette voie de chemin de fer désaffectée, à découvrir exceptionnellement le 1er octobre, se transforme en décor de cinéma où l’on retrouve aussi bien la maison de Tirésias que l’antre du Sphinx. Le public reconstitue l’histoire du héros.

- Eglise Saint Jean de Montmartre, 19-21 rue des Abbesses (M° Abbesses)
Gonzales/Ninja Pleasure

Avec « Organism », les deux artistes orchestrent une installation visuelle et sonore. C’est une nuit de la performance pour Gonzales qui jouera ses compositions et improvisera sur l’orgue de l’église. Chaque sonorité de cet orgue déclenche une lumière colorée, grâce à un système conçu par Ninja Pleasure.

- Basilique Sacré cœur, Parvis et Basilique (M° Funiculaire)
Un concert en deux temps qui rassemble 300 guitaristes électriques bénévoles.
De 19h à 0h : à l’extérieur de Sacré Cœur, Rhys Chatham fait rejouer des versions de son œuvre « An Angel Moves Too Fast to See » pour 100 guitares.
De 0h à 7h : à l’intérieur du Sacré Cœur, une nouvelle composition pour 300 guitares est jouée en alternance avec la prière habituelle.
Les musiciens qui accompagnent Rhys Chatham : Ernie Brooks (basse), Jonathan Kane (batterie), chefs de section (guitares) : Jean-François Pauvros, Kent Condon, Dominique Pichon, Frédéric Schadoroff.

Bonne nuit à tous…

Julie Estève

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