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A Lille, une nouvelle dynamique pour l’art contemporain.

Pendant que dans les hauteurs de la Tour Euralille on s’active à préparer les manifestations qui marqueront la première édition de Lille3000 (voir notre précédent article), à la Direction de la Culture de la Mairie de Lille, on peaufine un programme pour les mois et années à venir qui, espérons-le, sauront asseoir définitivement Lille au rang de capitale culturelle.

Toute la politique culturelle de la ville ne sera donc pas centrée sur Lille3000, épiphénomène de la réactivation d’une dynamique d’exposition des arts visuels. Caroline David, auparavant chef des projets arts visuels pour Lille2004 et nouvellement nommée directrice des arts visuels à la Direction de la Culture de la ville, entend bien orchestrer une programmation ambitieuse et vivifiante, permettant à la fois le rayonnement culturel de la ville sur les plans régional, national et européen, mais aussi une inscription des arts visuels dans la proximité, au cœur du tissu urbain et de la vie des habitants des quartiers. Ainsi seront mis en valeur la programmation de petites structures d’expositions, comme l’Espace Pignon dans le quartier des Bois-Blancs, en même temps que de grandes expositions au Tri Postal. Deux pôles d’exigence pas nécessairement incompatibles.
Voici donc une petite sélection des temps forts à venir...

La saison artistique s’ouvre dès aujourd’hui, avec une exposition intitulée « La volupté numérique », au Palais des Beaux-Arts de Lille. A partir du 17 décembre, cette exposition à l'intitulé apparemment contradictoire, est une des premières grandes expositions entièrement consacrée à l’art numérique. Présentant installations et dispositifs contemporains, elle amènera le visiteur à confronter son expérience sensorielle à l’expression numérique. Images, lumières, sons, mouvements, devraient plonger le visiteur dans un univers à la fois virtuel et charnel.
A noter aussi, « Watch this space » est une exposition collective présentée à l’Hospice d’Havré, Maison Folie de Tourcoing. Dans ce lieu patrimonial réhabilité, cette exposition organisée par le très dynamique Réseau 50° Nord, présidé par Véronique Barbezat, présente, pour la seconde année, 23 artistes pour la plupart issus des écoles d’art de la région pour un beau panorama de la jeune création contemporaine.
A voir enfin, pourquoi pas, la belle exposition sur Dubuffet et l’art brut, au Musée d’Art Moderne de Villeneuve d’Ascq qui n’en finit pas de (ne pas) fermer. Ici sont mis en regard de ce que Dubuffet lui-même appela « art brut », idéalement représenté par la célèbre collection de l’Aracine détenue par le musée à laquelle s’ajoute la collection d’œuvres ayant appartenu à l’artiste (et conservée à Lausanne), et une cinquantaine d’œuvres de Dubuffet, dont certaines déjà présentées lors de l’exposition éponyme qui eut lieu il y a peu à Düsseldorf. « Dubuffet et l’art brut » est l’occasion, outre les toiles de Dubuffet, de découvrir cet « art brut » aux confins du normal et du pathologique, aujourd’hui considéré comme un art à part entière.
De quoi s’occuper en attendant les beaux jours...

Car au printemps 2006, en amont de Lille3000, le Tri Postal rouvrira ses portes avec une grande exposition consacrée à un univers urbain et iconoclaste : celui du surf, du skate et du graff.

« SKATE » investira les deux tiers de cet ancien lieu de tri du courrier reconverti en gigantesque lieu d’exposition depuis Lille2004, pour y présenter les différents univers artistiques et visuels liées au monde et à la culture « skate ». Première exposition en France sur ce thème, et de cette ampleur, « SKATE » montrera donc art graphique, vidéos, photos, design et architecture et nous invitera à nous plonger dans l’iconographie, les codes et le mode de vie de cette culture qui, au fil des ans, est sorti de l’underground pour toucher médiatiquement le grand public. La scénographie, reproduisant une architecture urbaine, et créé par le collectif d’architectes et designers britannique « The side effect of Urethane », promet de mixer espaces d’expositions et espaces « skatables », avec des salons présentant vidéos d’archives et objets liés à l’histoire du skate, des « moving units », murs fluides de projection ou encore scène de concert.
Côté art visuel, une exposition du skateur-vidéaste-photographe Fred Mortagne servira de préambule à deux autres expositions, censées dresser une « cartographie » du street-art, et témoigner de l’influence que l’esthétique de cette « contre-culture » a sur le monde de la mode, de la publicité, du cinéma ou de la musique.

« Beautiful Losers : Contemporary Art and Street Culture », exposition déjà produite dans de nombreux musées d”art contemporain aux Etats-Unis, s attachera à montrer l’émergence d’un certain pop art depuis les années 70 au travers de peintures, sculptures, photos, vidéos...d’une cinquantaine d’artistes, et non des moindres : Larry Clark, Terry Richardson, Ronald Crumb, Keith Haring, Spike Jonze ou Andy Warhol, pour ne citer qu’eux, en seront.
« Exposichienne » : ce titre d’exposition en forme de néologisme torturé sera en fait celui d’un hommage à deux graphistes, Stéphane Laurent et Jean-Jacques Tachdjian, auteurs de « La Chienne », graphzine culte à la fin des années 80.
A Lille, le printemps sera fun.
Et tandis que la folie « skate » s’emparera du vénérable Tri Postal, les « Transphotographiques », évènement devenu incontournable du monde de la photographie, s’exposeront au dernier étage du bâtiment, entre mai et juin 2006.

Au printemps 2007, Lille3000 aura clôt sa première édition, mais le voyage continuera...jusqu’à la planète Mars ? Le Tri Postal accueillera, de mars à juillet 2007, une exposition entre futur proche et anticipation, nous conduisant d’un bond du premier pas de l’homme sur la Lune, à toutes les expressions, réelles ou imaginaires, de la conquête spatiale. De projets scientifiques visionnaires aux rêves les plus délirants, de très sérieuses photographies panoramiques de la planète Mars aux créations artistiques les plus futuristes, cette exposition réactivera les vieux rêves et la fascination pour l’espace. Cette exposition conviera donc designers, architectes, artistes, photographes, vidéastes et scientifiques à nous parler de notre rapport au cosmos, depuis l’effroi pascalien des univers infinis à l’espoir ou l’utopie de mondes nouveaux. La projection d’une sélection de films de science-fiction et d’anticipation, un espace « comics » ainsi qu’un bar transformé en « Outpost Tavern » (bar mythique de Houston fréquenté par les astronautes) complèteront cette proposition.

Enfin, bien que nullement climatologue, mais en avant-première absolue, nous pouvons déjà annoncer qu’à l’hiver 2007-2008, une ère glaciaire s’abattra sur le Tri Postal ! Provisoirement intitulée « Crystal Design », une exposition entièrement dédiée au froid et à la glace y sera organisée durant deux mois au rez-de-chaussée. Transformé en Palais de Glace à -5° minimum, des architectes, artistes et designers créeront mobiliers, architectures et œuvres éphémères. L’occasion sera ainsi donnée de manière presque inédite de découvrir ce que des créateurs contemporains peuvent faire de cette matière propice aux jeux de couleurs, de lumières et de formes...Et bien sûr, on imagine, comme cela existe déjà à Reykjavik ou Stockholm, que l’on pourra boire (avec modération) de la vodka...glacée sur des sièges...glacés.


Au-delà des projets évènementiels, se dessine la volonté d’ancrer des projets au long cours. Ainsi la municipalité souhaitait depuis longtemps acquérir et développer un lieu d’exposition sous forme de « galerie ». C’est maintenant chose faite avec l’Espace Le Carré. Dans cette « galerie municipale », dirigée par Caroline David, on peut d’ors et déjà découvrir et confronter les créations d’artistes de l’euro région, comme Claude Courtecuisse, Cédric Carré ou Nicolas Wilmouth. Il s’agit, selon Caroline David, de « faire de ce lieu un rendez-vous régulier pour les lillois et les touristes afin de découvrir la création contemporaine sous les formes les plus diverses : arts plastiques, mais aussi design, architecture, BD... » Accueillant quatre à cinq expositions par an, en 2006, l’Espace Le Carré verra sa programmation confiée à des « structures incontournables de l’art contemporain » dans la région. Le Fresnoy, le Frac, Art Connexion viendront donc tour à tour offrir au regard des passants et du grand public leur réflexion « hors-les-murs » sur l’art contemporain.
Dans une même veine « hors-les-murs », l’Atelier - Fondation Wicar, propriété de la ville de Lille au cœur de Rome, devrait renforcer sa mission et, un peu à la manière de la Villa Médicis, permettre à de jeunes artistes lillois de se rendre à Rome pour y effectuer un séjour de formation. (Pour mémoire, Jean-Baptiste Wicar, peintre de renom formé dans l’atelier de David, et originaire de Lille, fit la grande partie de sa carrière en Italie et s’installa définitivement à Rome en 1809. Il légua sa collection de dessins et de peinture au Musée de Lille, ainsi qu’un immeuble Via della Vantaggio à Rome, transformé en Fondation.)


Une programmation éclectique, ouverte et transversale, donc, à la fois grand public et pointue.
Dès demain, ou l’année prochaine, l’art et le futur se donnent résolument rendez-vous à Lille. Des expositions sur lesquelles nous reviendront prochainement.



Marie Deparis


« La volupté numérique »- Palais des Beaux-Arts de Lille- Place de la République, Lille-Ouvert ts les jours sauf le mardi- Du 15 décembre 2005 au 27 février 2006
« Watch this space »- Maison Folie Hospice d’Havré, 100 rue de Tournai, Tourcoing- Ouvert ts les jours de 13h30 à 18h sauf mardi et jours fériés- Jusqu’au 8 janvier 2006
« Dubuffet et l’art brut »- Musée d’Art Moderne de Villeneuve d’Ascq- 1 Allée du Musée, Villeneuve d’Ascq- Ouvert ts les jours de 10 à 18 heures-Jusqu’au 29 janvier 2006
« SKATE »- Tri Postal, Avenue Willy Brandt, Lille- De avril à juin 2006
« Les Transphotographiques » 2006 – Tri Postal – Entre mai et juin 2006
« From the Moon to Mars »- Tri Postal- Entre mars et Juin 2007
« Crystal Design »- Tri Postal– De décembre 2007 à Janvier 2008
Espace Le Carré- Angle Rue des Archives, Rue de la Halle, Lille