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Résider, Rencontres autour des résidences d’artistes plasticiens
Face au développement notable des résidences ces dix dernières années, des rencontres plus spécifiques autour des résidences d’artistes plasticiens s’imposaient. La Pomme à tout faire, une association pour la valorisation de projets artistiques en Pas de Calais, est à l’origine de ces échanges nationaux qui se sont tenus à Arras le 7 avril 8 avril 2005 , en partenariat avec le conseil régional.

Organisées sous la forme de rencontres professionnelles, ces deux journées rythmées par huit ateliers thématiques ont réuni des artistes, des porteurs de projets et des élus. Autant, semble t-il, afin d’établir un état des lieux, que de poser les jalons de nouvelles modalités de résidence. Il est ainsi apparu nécessaire de clarifier, notamment d’un point de vue juridique, les termes de l’échange entre le lieu d’accueil et l’artiste. Témoignage, découverte et partage des initiatives dans le domaine de la résidence artistique, esquisse d’enjeux et d’écueils en termes de politique culturelle, panorama non exhaustif mais ciblé via la présentation soignée de projets et de bilans par des structures organisatrices et des artistes, tels étaient les objectifs de cette manifestation.

Résidences : définition et enjeux en termes de politique culturelle.
Les conditions de résidence, (durée, cahier des charges, moyens alloués à l’artiste) diffèrent d’une structure à l’autre si bien qu’il existe pratiquement autant de modèles que de lieux d’accueil. Il a donc été difficile pour les intervenants d’en élaborer une définition très précise. Le débat inaugural de ces rencontres(1) visait néanmoins à en circonscrire les axes majeurs ainsi qu’à en préciser les enjeux dans le contexte des politiques culturelles. L’excellente mais trop brève animation du débat par Jean Lebrun, journaliste à France Culture, a permis dés l’entrée en matière de bousculer la tournure consensuelle du débat pour ouvrir une brèche critique : problématiser d’une part le possible décalage entre définition idéale de la résidence et réalité des difficultés rencontrées sur le terrain, et d’autre part évaluer la pluralité et la complexité des attentes et des relations entre les trois instances collaboratrices que sont les collectivités locales, les structures artistiques et les artistes.
Dans un monde de plus en plus globalisé, où l’artiste évolue dans un contexte de mobilité et de concurrence, quel peut être le sens d’une résidence? Comment le statut de l’artiste se voit-il transformé dans le cadre d’un échange qui favorise le décloisonnement de l’art et des compétences?

Le principe de résidence
Une résidence consiste à mettre à disposition d’un ou de plusieurs artistes des espaces de vie et de travail pour une durée déterminée ( généralement de 6 à 12 mois), afin qu’il y effectue un travail de recherche ou de création, en principe sans obligation de résultat. Cette expérience doit être accompagnée d’une aide technique, financière, humaine au service de la formation de l’artiste. Les lieux d’accueil sont le plus souvent des associations loi 1901, mais aussi des Frac ( le Frac Pays de la Loire a été le premier à accueillir des artistes en résidence), des centres ou des écoles d’art. Depuis ces dernières années, d’autres résidences se développent, souvent en partenariat avec les communes, dans des lieux tels qu’hôpitaux, écoles, friches industrielles, ou au sein de territoires plus isolés en périphérie des villes ou en zone rurale. Francis Trincaretto, responsable d’un programme de résidences à Maubeuge, a cité l’exemple du photographe Philipe Bazain, venu à la rencontre de personnes malades et hospitalisées mais aussi de jeunes mères et de leurs nourrissons. Cette expérience s’est inscrite dans le cadre d’une recherche liée au soin, à la condition de vie et de mort des individus.
Une résidence se conçoit en trois temps : celui de la création, de la production, et de la restitution auprès du public. La production peut prendre la forme d’un projet plus ou moins libre, de la réalisation d’une ou de plusieurs pièces parfois intégrées dans un programme ou une thématique prédéfinie. C’est le cas du projet inauguré par les FRAC du grand Est autour du vin, présenté lors de la première journée, dont le premier volet s’est intitulé « Critique du raisin pur ». La résidence donne lieu dans la plupart des cas à une exposition ou à une publication. L’interaction avec le public est un des éléments clefs de la résidence, quelle qu’en soit la déclinaison : rencontres, conférences, ateliers, accueils de scolaires.

Rencontres avec un territoire et ses habitants
La dimension de contact, de rencontre et d’immersion de l’artiste dans un territoire le plus souvent nouveau et inconnu -certains lieux en font une exigence- est apparue dans les débats tour à tour comme une justification de la part des élus, une nécessité ou un simple corollaire. « La résidence est un merveilleux outil de sensibilisation à l’art contemporain et de prise de conscience de l’identité d’un territoire habité. » ( Stéphane Doré, Conseiller pour les arts plastiques de la région Centre).
Dans de nombreux cas, le travail de l’artiste se fonde sur une découverte et une enquête à partir des lieux, la ville par exemple, son patrimoine et ses habitants. C’est le cas d’artistes photographes invités au Musée du Touquet, dont le conservateur Patrice Deparpe a relaté le caractère avant tout humain des rencontres nouées autour de la résidence, censée sans jamais se départir de distanciation critique et d’exigence artistique, créer « du lien social ». Si ce dernier a bien précisé que l’artiste ne devait pas se substituer au médiateur, et qu’il appartenait à l’institution de jouer ce rôle, on notera une possible dérive de la part d’autres structures très justement évoquée dans la publication qui a accompagné ces deux journées (2).
La notion d’interface sociale revient comme un lieu commun et témoigne d’une forte attente des politiques et des institutions à l’égard de l’artiste. Sa présence prolongée sur un territoire nourrit souvent en effet un réel partage et favorise une démocratisation de l’accès à la culture. Néanmoins, il faut rester vigilant, comme le souligne Cédric Loire dans la publication annexe, à ce que, « l’accueil d’artiste ne soit pas un moyen commode de justifier l’existence et la pérennité d’une structure », et à ce que l’artiste ne devienne pas un « pansement social », « alors qu’il se trouve souvent lui-même dans une situation précaire ».

Paroles d’artistes
Les conditions de résidence s’avèrent multiples et inégales quant au soutien apporté aux artistes. Parfois desservis par un cahier des charges au contenu irréalisable ou trop flou, les termes de l’échange ne sont en outre pas toujours contractualisés, ce qui rend alors tout recours juridique difficile. Les thèmes et problématiques abordés lors de ces journées ont témoigné d’un vrai souci d’équité dans la représentation et l’accès à la parole de toutes les parties intervenant dans la résidence, tout en prodiguant une écoute et des conseils particuliers aux artistes dont la défense des droits était à l’honneur.
Souvent isolés dans leurs questionnements et parfois évincés de débats qui les concernent pourtant, des ateliers spécifiques leur ont été consacrés, dont un animé par un avocat. Ils ont ainsi eu l’occasion de s’exprimer sur cette expérience enrichissante autant que sur les difficultés artistiques et matérielles traversées, ou encore de poser des questions relatives à leur statut.

Le point fort de ces rencontres demeure la qualité d’écoute et de dialogue instaurée entre les partenaires. Le projet de création d’une charte de résidence a d’ailleurs été évoqué. On regrettera néanmoins le survol un peu rapide de problématiques proprement artistiques soulevés par les résidences dans un contexte d’échange et de circulations artistiques mais aussi de nouveaux enjeux liés à la pluralité des pratiques contemporaines. En attendant, on ne peut que se féliciter d’une mobilisation sérieuse autour de la question malgré un assez faible relais médiatique.
Toutefois, pour ceux qui souhaiteraient de plus amples informations, l’intégralité de ces rencontres sera très prochainement en ligne, dans la rubrique « les sentiers de la création » sur le site de France Culture.com.

Flore Poindron
le 15 avril 2005

La Pomme à tout faire
9 rue des Agaches - Arras (62)


1- En présence de Marie-Thérèse François-Poncet, administratrice de l’association Pollen à Montflanquin, Philippe Massardier, directeur Culture de la Communauté d’agglomération de l’Artois, et Francis Trincaretto, élu et président de l’association Idem + arts à Maubeuge.

2- Résider- Résidences d’artistes plasticiens en Nord / Pas de Calais, Pays de la Loire et Dordogne, Points de vue, édition la Pomme à tout faire, 2005.