Retour
SERGE FAUCHEREAU, entretien - suite 2
Quel regard portez-vous sur la création contemporaine ?

J’ai un regard tout à fait optimiste. Je crois que cela continue et continue bien. Comme toujours, il y a des choses qui peuvent inquiéter momentanément. Je suis bien obligé comme tout le monde de voir cette pléthore de vidéos qui arrivent dans les musées.
Ce n’est pas grave, qu’il y en ait un grand nombre qui soient très mauvaises, qu’il existe mille mauvaises pour une bonne. Mais si cette bonne vidéo est un chef-d’œuvre, le reste n’a pas d’importance.
Regardons la peinture à l’huile, voilà un médium qui était destiné à n’avoir aucun avenir. La peinture à l’huile se pratique encore avec des variantes acryliques et autres, mais c’est toujours là. Il faut imaginer le nombres de mauvaises peintures, de croûtes qui se sont faites à travers les siècles, à travers le monde pour que nous ayons quelques chefs d’œuvres..
Donc, ce n’est pas important qu’il y ait de si nombreuses mauvaises productions avec de nouvelles techniques. Ce n’est qu’un médium quelconque. Il faut voir ce qui est réussi, pas ce qui est mauvais.


Comment le création contemporaine entrera-t-elle dans l’histoire de l’art ?

Naturellement, la sélection se fera par elle-même. Puis les goûts changent.
Alors parfois des artistes vont rentrer dans l’ombre et ressortiront après. On n’a pas toujours aimé Vermeer. Il a disparu pendant deux siècles. De nos jours, il est un très grand peintre de l’histoire de l’art, mais il pourrait retourner de nouveau dans l’ombre, pourquoi pas ? Il y a des gens qui ont beaucoup compté, je pense à Monsù Desiderio, ( le musée de Metz lui consacre actuellement une exposition). Il a été très célèbre au XVIIème siècle, puis il a disparu. Voilà que sous l’influence des surréalistes on l’a redécouvert, j’en suis ravi. Je crois que cela sera pareil pour la vidéo et l’art numérique.
Seules les techniques changent, peut être seront elles moins fragiles que la peinture. Et encore, je n’en suis pas sûr. On pourrait imaginer un virus qui les détruise. Je m’attends à tout avec l’homme, plus particulièrement le pire, mais de l’art je n’attends que le meilleur.

En février 2005, je présenterai une rétrospective du sculpteur Germán Cueto au Musée national Reina Sofia à Madrid. Puis, il y des projets que j’aimerais réaliser, principalement une exposition scandinave. Je trouve que l’on ne s’y intéresse pas assez. On met toujours un ou deux arbres pour cacher la forêt. L’art scandinave est très riche. On a évoqué un Paris-Londres, un Paris-Madrid, mais cela aussi en vaudrait la peine. Je voudrais le faire bien et dans les mêmes conditions de réalisation et d’amitié dont j’ai bénéficié pour Europe-Mexique.

Quant à mes projets d’historien de l’art, je viens de sortir les œuvres complètes de Bruno Schulz, en même temps que l’exposition que j’ai organisée au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme à Paris. J’ai également rédigé un important essai accompagnant "le livre idolâtre " de Bruno Schulz où je le compare à Balthus ; c’est un livre un peu hardi, sadomasochiste.

Je m’apprête à sortir un ouvrage aux Editions Cercle de l’Art, sur la circulation des idées et des formes au début du XXème siècle et j’espère poursuivre avec des volumes à paraître. C’est un travail que je crois assez amusant à lire car je me sers aussi bien d’Alphonse Allais, de Guillaume Apollinaire, Braque, Picasso, Duchamp, etc., j’y associe également le cinéma, la photographie. Je mets ensemble tous les moyens d’expression humaine pour voir comment cela fonctionne et étudier les rapports entre les formes. Comment par exemple, la musique atonale apparaît en même temps que les déformations de la perspective en peinture et avec quelles conséquences.

Puis actuellement, je travaille sur l’image, toujours dans cette même optique, l’image prise dans son sens le plus large. Pas seulement l’image peinte ou dessinée mais aussi l’image mentale, cinématographique et même l’image que suscite la musique. J’étudie l’évolution de cette image depuis le début du XXème siècle jusqu’à nos jours : Comment on a recherché à l’altérer avec des drogues ou des moyens techniques, par exemple.
C’est un très vaste sujet. Je pousse ça devant moi, je dois en avoir quelques 200 pages et je suis loin d’être arrivé à son terme.
Il me semble que c’est une question essentielle de nos jours, mais je n’ai pas toutes les réponses aux questions que je pose.

Merci à Serge Fauchereau,
Bernard Lalanne pour Art-Contemporain.Com.



SERGE FAUCHEREAU en librairie :
- Expressionnisme, Dada, surréalisme et autres ismes – Denoël, 2001.
- Auguste Chabaud : Epoque fauve – André Dimanche, 2002.
- Avant-garde russe, Edition du murmure, 2003.
- Bruno Schulz : le livre idolâtre – Denoël, 2004.
- Hommes et mots esthétiques du XXème siècle - Editions Cercle d'Art, 2005.

Mexique-Europe , Allers-Retours, 1910 – 1960
Jusqu’au 30 janvier 2005
Musée d’art moderne Lille Métropole – Villeneuve d’Ascq.
sur le net