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Show off à l’espace Pierre Cardin ou la consécration de la FIAC

Toute foire, tout salon, tout festival augmente sa crédibilité par le biais des « off ». Loin d’être en voix off, ces derniers tentent d’offrir une alternative plus décontractée et un point de vue propre, un poil plus aventurier. Si le « off » existe avant tout par le biais du « in », Show off apparaît plus accessible, plus ouvert, moins solennel que la Fiac.



Le commercial se conjugue au convivial. Disponibilité, dialogue sont les points forts de ce off. La discussion et l’échange sont à l’honneur, les galeristes cherchent à communiquer leur passion, loin des mondanités que la Fiac engendre. Se dégage de cet espace un esprit communautaire entre les exposants, leurs artistes, les visiteurs, sans oublier les acheteurs…
La détente est également un leitmotiv du off. Grâce au soutien de la marque de design italien Azucena, Show off offre un bar lounge et de véritables espaces de repos aux visiteurs.
Selon les propos de Magda Danysz, galeriste renommée du quartier Louise Weiss à
Paris, il s’agit de « casser la froideur des foires artistiques, d’apporter un aspect plus convivial et ainsi de ressembler à une petite famille. Si le commercial est toujours et inévitablement présent, nous désirons également fonder un dialogue et un réseau à plus long terme entre ces différents acteurs en créant par la suite divers projets ». Prompte aux découvertes et au dialogue, cette association - créée en 2006 par Magda Danysz, Eric Dupont, Patricia et Olivier Houg, Stéphane Magnan et Christine Ollier et Vanessa Quang - est conçue comme une plateforme d’échange et cherche à offrir une vision de l’art plus dynamique. Près de 30 galeries exclusivement d’art contemporain sont réunis et parmi elles, 50% de galeries étrangères et 60% de jeunes galeries.



Si l’espace Pierre Cardin ne rend pas évident la scénographie pour ce type de manifestations, le off s’en tire admirablement bien. Le visiteur circule dans un espace aéré. Ainsi, l’installation de miroirs vibrants de Vladimir Skoda pour la galerie Baudoin Lebon (Paris) prend entièrement place dans l’espace et peut ainsi déployer le reflet du regardeur sous différents points de vue.
Un petit bémol pour le premier étage qui manque un tant soit peu de visibilité et lisibilité des œuvres. Mais attractive et intimiste, l’œuvre retrouve ses qualificatifs et le spectateur enfin sa place. On s’assoit aisément, avec une grande décontraction, devant une assemblée de singe représentant la Cène. Devant le Christ singe ou singé, passe en boucle la scène tant connue du film l’Exorciste, renommé pour l’occasion Les Créationnistes. Des voix françaises sont venus doubler la bande originale : « Par le pouvoir du Christ, Darwin va t’en !». L’homme est né de la science, c’est selon ce concept post moderne que Pascal Lièvre a réalisé, spécialement pour le Show off, cette pièce maîtresse No Evolution.
La photographie est également à l’honneur. Non loin du Cabinet du Docteur Galigari de Robert Wiene, manifeste du cinéma expressionniste, Raissa Venables trouble notre perception de l’espace. Photographiant différents points de vue d’un même lieu et saturant les couleurs, nous basculons dans un univers fantasmagorique et onirique. Red stairs en est l’incarnation même.



Toujours dans cette même ligne directrice de rendre les foires d’art plus accessibles, show off développe un programme d’activités pendant la durée du salon. De la signature de livres d’artistes contemporains aux visites pour les enfants, en passant par une programmation dans la salle de cinéma et quelques performances, l’art n’est plus seulement que marché mais devient une entité vivante.

Qui est off, qui est in ? Là n’est pas la question. Si le off apparaît un temps soit peu plus décontracté, l’enjeu premier, à quelques pas du Grand Palais, point névralgique de la Fiac, est néanmoins de séduire, selon une nouvelle technique, les acquisiteurs. Tel une bulle d’oxygène dans le monde feutré de l’art contemporain, Show off, dont la programmation ose présenter aux spécialistes et néophytes des artistes inconnus mais prometteurs, a le mérite d’attirer des acheteurs en quête d’artistes émergents trop peu représentés à la Fiac.



Sandrine Diago