Retour
« Ce n’est pas une question de patience mais de passion » suite...
Suite de l'article...

VII) Quelles sont les contraintes liées à la réalisation de l’œuvre d’art ?

On a loué le parc (comme on a loué le Reichstag, le Pont Neuf et les autres sites) pour 3 millions de dollars les deux mois et demi à la fondation qui gère la gestion du Parc. Un contrat a été passé avec la ville de New York. Cet espace public doit continuer à fonctionner normalement pendant toute la durée des opérations et les 16 jours d’exposition.

VIII) Y a-t-il beaucoup d’opposition à ce projet et une sécurité particulière ?

Comme toujours il y a des associations de quartiers qui sont hostiles au projet. Il y a 5 associations que nous devons convaincre encore aujourd’hui. Pour la sécurité elle est la même que pour nos autres œuvres d’art. nous travaillons en étroite collaboration avec la police municipale et nous engageons des monitors (guides) à partir de 5H00 du matin pour assister les gens dans l’œuvre d’art.

IX) Pourquoi avoir choisi de faire des portiques plutôt qu’un empaquetage?

Nous ne sommes pas des artistes empaqueteurs ! La dernière fois que nous avons pensé à empaqueter une œuvre remonte à 1975 !
On ne refait jamais la même chose et tous nos projets sont des images différentes.
Du point de vu esthétique, les gates établissent une relation entre l’espace vide et la toile. La géométrie des gates rappelle celle des rues de New York qui entourent le Parc. Le mouvement de la toile rappellera lui le mouvement tortueux des sentiers à l’intérieur du parc. Le safran de la toile rappelle elle, la couleur du feuillage du parc en automne.

X) Pourquoi avoir choisi Central Park pour ce projet ?

Faire ce projet là engage l’action de marcher. Cet espace va être tout à coup énergisé par la simple structure de ce corridor géométrique que formera les portiques. Les toiles safran attachées à la structure horizontale en Vinyl seront librement sensuelles. On pourra les toucher, elles auront toutes des formes innovantes. Ce projet invite les gens à marcher dans le parc. Tous les portiques seront rapprochés pour que l’on puisse se repérer loin et facilement dans le dédale de sentiers.

XI) Pourquoi vos œuvres sont-elles toujours géantes et éphémères ?

Il est une qualité esthétique qui est celle de l’amour et de la tendresse que nous avons pour ce qui est éphémère. Nous voulons donner ces deux qualités à notre œuvre d’art comme une esthétique supplémentaire. Nous dépensons tout ce qu’on a pour ces projets. Nos œuvres ont des dimensions de celles sur lesquelles nous les réalisons : une sculpture pour le Pont Neuf, une architecture pour le Reichstag, l’urbanisme pour les parasols… Nous utilisons toujours des espaces habités pour réaliser nos œuvres. L’espace de quelques jours, nous nous approprions cet espace et de tout ce qui lui est inhérent. Notre œuvre d’art est enrichie par tout cela. Un portique à lui seul n’est pas une œuvre d’art, l’œuvre d’art les 7500 portiques et les km de toiles utilisés. C’est pour cela que nous ne vendons jamais un élément de nos œuvres.

XII) L’exposition des Gates ne durera que 16 jours. N’est ce pas un peu frustrant pour vous ?

Nous souhaitons que nos œuvres se déroulent à la façon d’un conte de fée qui commence par « il était une fois… ».
C’est une grossesse très longue que ce projet mais notre seul but est de voir le bébé naître. On est en béatitude totale et c’est toujours plus beau que ce qu’on imaginait. Mais une fois que le projet est installé, au bout de trois jours on a qu’une seule hâte c’est de se consacrer au suivant. Mais ne faire durer le projet que quelques jours serait purement égoiste de notre part.

XIII) Que faites-vous des matériaux une fois l’œuvre d’art terminée ?

Les 110km de toile tissée dans une usine allemande seront recyclés.

XIV) Vous travaillez depuis 1992 sur un autre projet aux USA apellé « Over The River ». de quoi s’agit il ?

Nous allons suspendre des panneaux de toile horizontalement très au dessus de la rivière Arkansas dans le Colorado, et ce, sur 40 miles (environ 47km). Cette rivière est une des seules aux Etats Unis à avoir une route dénuée d’arbres qui la longe, c’est aussi un haut lieu de rafting. Il y aura deux perspectives dans cette œuvre d’art : celle vu d’en haut c’est à dire de la route, et celle vu d’en dessous pour les rafteurs.

XV) Peut-on voir vos études préparatoires de ces deux projets dans des galeries ?

Christo a toujours refusé d’être représenté exclusivement par une galerie. En ce moment, une galerie milanaise expose une partie des dessins de « The Gates » et « Over The River » qu’elle nous a achetés en plus des œuvres que nous lui prêtons.
En Avril, on pourra voir nos travaux sur les deux projets dans une galerie près de Gand en Belgique.

Propos recueillis par Joan Amzallag pour
ART-CONTEMPORAIN.COM


Pour visiter le site de CHRISTO Cliquez-ici

visuel : CHRISTO
OVER THE RIVER, PROJECT FOR THE ARKENSAS RIVER,
STATE OF COLORADO
66,7 x 77,5 cm.
Photo : Wolfgang Volz.
COPYRIGHT CHRISTO 2000.